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Les carnets web de l'écrivain Stanley Péan

Vivre au-dessus de ses moyens

Cette semaine, on parlera beaucoup de Barack Obama, dont l’élection signalait cet automne notre entrée dans le XXIe siècle. On en parlera avec excès et hyperbole, avec intelligence et sens de l’analyse, ou avec cynisme et idiotie, comme Richard Martineau s’évertue à le faire depuis quelques semaines déjà, convaincu que son scribouillage stylisé est une expression d’esprit critique. Oui, je sais, «Martineau» et «esprit critique» dans la même phrase, cela relève quasiment de la science-fiction. On connaît le procédé Martineau, pour l’avoir vu à l’oeuvre dans les pages du Voir puis maintenant du Journal de Montréal/Journal de Québec (qu’il pourfendait autrefois, mais ne nous embarrassons pas de scrupules ou de convictions, ça pourrait nuire à la carrière!): identifier la position qui semble faire consensus et essayer d’articuler la position contraire, peu importe le ridicule de celle-ci. S’élever en perpétuel avocat du Diable, peu importe les inepties qu’il faudra proférer pour illustrer ce point de vue.

On se rappellera comment mon pote Dany Laferrière l’avait résumé à Tout le monde en parle en un trait d’esprit assassin qui fait encore rigoler par sa justesse: il vit intellectuellement au-dessus de ses moyens, dépense plus qu’il possède, fera inévitablement faillite et doit s’attendre conséquemment à la visite de huissiers. On se souvient aussi de la réplique tellement bien trouvée du triste sieur, invité sur le plateau de Guy A. Lepage quelques temps après: «Fuck you, Laferrière!» Ceci était bien la preuve de cela.

Histoire de prouver à quel point il ne saurait reculer devant le pathétique et le puéril, Martineau reproche aujourd’hui à Dany… de vivre intellectuellement au-dessus de ses moyens! Wow. Comme c’est habile! Comme c’est original! Comme c’est bien trouvé! Un enfant de maternelle n’aurait pas fait mieux: celui qui le dit, celui qui l’est, na na na na-aaah! Contestant dans son torchon de ce matin, avec ses arguments de demi-lettré, l’opinion de Laferrière sur Obama («Obama: calmons-nous!»), Martineau en arrive même à la conclusion que Dany «devrait continuer à écrire des romans et laisser tomber l’analyse politique». Comme si avant de se lancer en littérature, Dany Laferrière n’avait pas justement fait oeuvre de journaliste/chroniqueur pendant des années, en Haïti (au péril de sa vie!), au Québec, aux États-Unis et ailleurs, avec infiniment plus de lucidité, de finesse et de panache que le pathétique plumitif de Quebecor. Comme si les romans de Dany n’étaient pas pétris d’une compréhension de l’Amérique, des rapports entre les classes, les sexes et les races infiniment plus nuancée et brillante que les salmigondis de lieux communs mal digérés que régurgite depuis des lunes Martineau sous l’appelation non-contrôlée de chroniques d’humeur (en l’occurrence, référons-nous à l’autre sens du terme «humeur»).

Comme quoi le ridicule ne tue manifestement pas…

January 19th, 2009
Catégorie: Commentaires, Lectures, Réflexions Catégorie: Aucune

12 commentaires à propos de “Vivre au-dessus de ses moyens”

  1. Renart L'éveillé a écrit:

    Concernant Tartineau, je me permets d’ajouter ici un hyperlein vers une petite caricature de mon cru pour faire sourire :

    http://renartleveille.wordpress.com/2009/01/14/richard-martineau-caricature/

  2. Serge Bruneau a écrit:

    On s’entend sur un truc: Martineau est un fieffé connard. Cela dit, tout ce cirque autour du «sauveur» me taraude. Ces millionnaires du showbiz, ces larmes dans les yeux des braves électeurs, ce concert de louanges… Très américain, ce déferlement. Pour le moment, la très grande victoire c’est qu’un Noir se retrouve à la tête de l’empire. Pour le reste (l’épreuve du pudding comme disait l’autre) ça reste à voir.

    Pour ce qui est de Laferrière qui vivrait au-dessus de ses moyens intellectuels… Hé! Hé! C’est mal connaître le bonhomme.

    P.S. J’ai entendu un électeur américain dire qu’Obama n’était pas vraiment noir. Un de ses parents étant blanc, il est donc 50/50 et lui, il a voté pour la partie blanche d’Obama. Osti qu’on n’est pas sorti du bois. Mais bon, il ne faut pas tuer l’espoir. Bonne journée à toi.

    Serge B.

  3. Stanley Péan a écrit:

    On s’entend sur plus qu’un truc, Serge. Moi aussi, je ne crois pas au Messie et je me réjouis de savoir qu’Obama ne semble pas y croire lui non plus. Et moi aussi, je me réjouis qu’un Noir accède au pouvoir pas parce que je suis moi-même noir, mais parce que c’est un signe de changement de régime pour une société qui s’est érigée en partie sur une forme soft d’aparteid. En plus, c’est un démocrate, ce qui vaudra toujours mieux que l’alternative. En d’autres termes, Noir ou pas, je ne me réjouirais pas de voir un Colin Powell ou une Condoleeza Rice emménager dans la Maison Blanche. Pour le reste, le pudding, comme tu dis, on verra en temps et lieu.

  4. Stanley Péan a écrit:

    @Renart L’éveillé: Merci pour le lien vers l’amusante caricature.

  5. Renart L'éveillé a écrit:

    😉

  6. SylvainB a écrit:

    Quand je vois Martineau, la pitié est un sentiment que je n’éprouve même plus… Voilà !

  7. sonia a écrit:

    Je n’aimerais vraiment pas être dans la peau d’Obama. Tellement l’ont attendu, l’espoir chevillé au coeur; et tellement l’attendent au tournant!
    Le temps des blabla et des ronds de jambes va s’achever; voyons si ce n’était que paroles en bouche…

    Quant aux détracteurs de M. Laferrière, il serait plaisant qu’ils sachent à qui ils ont affaire. (Ce sont des ingnares!) Connaissant bien le journalisme, les Etats Unis, la politique et ses travers, les rapports Blancs-Noirs, son approche ne peut être qu’intéressante, un élément de réflexion de plus.

    J’espère qu’Obama sera moins present dans les médias que Sarko pendant sa présidence car trop c’est trop… L’indigestion totale, je ne peux plus le voir en peinture, sa majesté Sarko!!

    Amicalement,

    Sonia

  8. Mo k a écrit:

    Voilà qui illustre à merveille le mépris des intellectuels qui sévit dans notre société. Malheureusement, Dany L. en est souvent l’objet. Je me rappelle Jean-Luc Mongrain méprisant une de ses interventions (dont le sujet m’échappe aujourd’hui) en l’accusant d’être un intellectuel qui s’imagine que sa pensée vaut mieux que celle du vrai monde.

    (Dois-je rappeler que c’est, normalement, le rôle de l’intellectuel : oui, il est plus cultivé que le «vrai monde» et prétend donc l’éclairer un peu des ses lumières)

    Dany Laferrière aurait la même légitimité sans avoir été journaliste. Être un intellectuel, avoir des lettres, avoir réfléchi sur son propre vécu, n’est-ce pas suffisant? Le journaliste analyse à vif; l’intellectuel, lui, voit les choses avec un certain recul.

    Voilà ce qu’on attend des écrivains: écrivez-nous des belles histoires et, sur le reste, fermez-la. Ou comme l’exprime si bien René-Daniel Dubois, cette société s’attend à avoir des «intellectuels muets et des artistes tatas».

    Je suis fâchée 😉

  9. La Mosaïque » Blog Archive » Le Ground Zero de l’intellect a écrit:

    […] son carnet web, Stanley Péan fait référence à la querelle qui oppose Dany Laferrière et Richard Martineau. Rappelons qu’à Tout le monde en parle, […]

  10. Stanley Péan a écrit:

    C’est triste mais vrai: l’intellectuel passe trop souvent pour un extraterrestre, un hurluberlu dont on ferait volontiers l’économie du discours, au profit des grandes gueules et autres tribuns patentés des mass médias, qui sont le plus souvent le porte-voix du gros bon sens et de l’ordre établi.

  11. Laura a écrit:

    Bonjour,

    Je suis journaliste pour NRJ12, chaine de la TNT; dans le cadre d’un documentaire, je suis à la recherche de personnes désireuses de témoigner sur notre future thématique: “Je vis au dessus de mes moyens”.
    Contactez-moi à l’adresse suivante: laura.electronlibre@gmail.com

  12. Stanley Péan a écrit:

    Bonjour,

    Sans doute êtes-vous tombée sur mon billet du 19 janvier 2009 («Vivre au-dessus de ses moyens») par hasard, après avoir eu recours à un moteur de recherche. Si vous prenez le temps de lire le texte, vous comprendrez qu’il n’a rien à voir avec les finances personnelles mais faisait plutôt référence à une vieille controverse opposant mon ami Dany Laferrière et l’opportuniste sans réelle conviction dénommé Richard Martineau.

    Désolé de ne pouvoir vous aider donc. Encore que, si la thématique de votre documentaire inclut ces gens qui vivent intellectuellement au-dessus de leurs moyens, j’ose vous conseiller de prendre contact avec M. Martineau, qui en sait long en la matière. 😉

    Stanley Péan

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