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Les carnets web de l’écrivain Stanley Péan

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Pas jojo, dame Littérature…?

15/05/2008 · Pas de commentaires

Un mot tout de même, en guise de réaction tardive à la cérémonie de remise du Prix des libraires du Québec, qui se tenait lundi soir au Cabaret le Lion d’Or, cérémonie toujours sympathique même si un tantinet longuette en raison de la lecture d’extraits des bouquins en lice par des comédiens. Ce n’est plus une nouvelle, certes, mais il me faut adresser des félicitations aux lauréats Philippe Claudel (dans la catégorie «roman étranger» pour son livre Le rapport de Brodeck, paru chez Stock et déjà primé en France) et Rawi Hage (dans la catégorie «roman québécois» pour Parfum de poussière, paru chez Alto qui s’est retrouvé cette année avec trois titres dans la course, bravo à l’éditeur Antoine Tanguay!). J’étais content de constater qu’on a pas fait trop de chichi médiatique autour du fait que le livre québécois primé ait été écrit et publié initialement en anglais (sous un titre infiniment plus évocateur, De Niro’s Game). Manifestement, notre définition de la littérature d’ici évolue et se fait plus inclusive, ce que j’applaudis.

Je n’applaudirai cependant pas ce commentaire de la maîtresse de cérémonie et porte-parole du Prix, la comédienne Catherine Trudeau, qui déplorait en début de soirée que les livres en nomination cette année n’étaient pas très joyeux, et que la lecture de ceux-ci avaient rendu son hiver un peu plus triste. Même proférée sur le ton candide qui était le sien, cette remarque m’a semblé déplacée, dans la mesure où elle donnait l’impression d’invalider à l’avance le choix du jury. Quelqu’un devrait peut-être expliquer à la gentille demoiselle qu’un prix littéraire ne se décerne pas sur la base de l’optimisme qui se dégage d’un roman. La littérature est le reflet d’une époque et ce n’est certes pas innocent si les deux titres honorés abordent le thème de la guerre. Par ailleurs, pour citer un mot radical de Franz Kafka à propos de la nécessité de remettre en question les idées reçues (dont le jovialisme ambiant propre à notre époque tout entière livrée aux diktats de l’entertainment): Nous ne devrions lire que les livres qui nous mordent ou qui nous piquent. Si un livre ne nous assène pas un coup sur la tête, à quoi bon le lire?

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Air Canada n’est plus ce qu’il était…

12/05/2008 · Pas de commentaires

Belle fin de salon, tout de même, malgré des petites râtées sur le plan de l’organisation. La manifestation du Grand Sudbury est encore jeune, alors nous sommes toutes et tous disposés à faire preuve d’indulgence à l’égard de l’équipe. Au programme de ma journée d’hier: une séance de dédicaces, une table ronde avec Stéphane Gauthier, le président du Salon, Jean Mosen Fahmy, mon homologue de l’Association des auteurs et auteurs de l’Ontario français, le bédéiste Paul Roux, directeur de la programmation au Festival de la BD en Outaouais et mon amie Michèle Corbeil, directrice générale du Festival international de littérature, et quelques heures plus tard, une causerie en tête-à-tête avec Robert Beauchamp, autrefois de la Librairie du Québec à Paris, ces jours-ci en charge de la mise sur pied de la toute nouvelle librairie francophone le Grand Ciel Bleu, la librairie du Nouvel Ontario qui doit ouvrir ses portes d’ici quelques semaines. Des activités fort stimulantes,  même si peu fréquentées par le public en ce dimanche de la fête des mères.

Seule ombre au tableau, le vol Sudbury-Montréal avec escale (ou devrais-je écrire détour) à Toronto. Il me semble sincèrement que le service se détériore chaque fois un peu plus dans les vols d’Air Canada. Outre le français horrible des hôtesses qui doivent s’adresser à nous dans les deux langues officiels, il faut déplorer qu’on ne serve plus de repas ni au matin, ni au retour en soirée en classe économique, juste des grignotines et autres amuses-gueules indigestes, accompagnés uniquement de jus, d’eau ou de café. Décidément, le mot vol prend un tout autre sens ici; encore heureux que je n’aie pas eu à débourser le coût du billet moi-même… On est loin d’Air France, en tout cas.

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Vie de salon

11/05/2008 · 1 commentaire

Journée routinière, hier, au Salon du livre de Sudbury: séances de dédicaces, participation à l’enregistrement de Vous m’en lirez tant et souper avec l’équipe, sieste. En fin de soirée, ma vieille chum Chrystine Brouillet et moi nous entretenions de jazz et de champagne dans le cadre d’une causerie qui a débuté à 23h00, une heure plus tard que prévu, au grand dam de ma collègue qui devait prendre l’avion du retour de Montréal à l’aube ce matin. Malgré le contretemps, malgré le froid qui règnait sous le chapiteau de la Slague, nous nous sommes acquittés de notre tâche avec un certain entrain, Chrystine étant si passionnée dès qu’elle cause de nourritures terrestres et moi intarissable sur le jazz — tout ça en dégustant les deux vins champenois choisis pour nous par la reine québécoise du polar.

Je m’envolerai à mon tour vers Montréal en début de soirée, après mes activités de la journée.

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Escale à Toronto, avec réminiscences à la clé

10/05/2008 · Pas de commentaires

Ce que je peux être accro de la techno, des fois! En transit à Toronto, je prends quelques minutes pour répondre à quelques courriels et griffonner ces quelques lignes, en attendant mon avion pour Sudbury où je passerai le week-end, à l’occasion du Salon du livre. Difficile de ne pas songer à la «Lettre de Toronto», de Sylvain Lelièvre. Il faut dire que mes propensions naturelles à la nostalgie me prédisposent aux réminiscences de toutes sortes. J’ai pu le vérifier hier après-midi, en dînant avec une ancienne copine que je n’avais pas vraiment vue depuis deux ans et demie. Quant à ma soirée, je l’ai passé en compagnie de l’ami Christophe Rodriguez, avec qui je ferai encore équipe cet été à l’antenne d’Espace Musique: nous ne travaillerons pas à l’émission de jazz en soirée, selon toute vraisemblance, mais nous aurons tout de même de faire de la radio ensemble. C’est déjà ça de pris! Après l’apéro chez Baptiste, Christophe et moi avons mangé chez Marilou, une grilladerie portugaise de mon quartier que je fréquentais assidûment il y a quelques années — Tonio, le sympathique serveur à l’épaisse moustache noire avait l’air ravi de me revoir. Ensuite, nous sommes allés au Sarajevo écouter le quartet blues-soul-funk que dirige Stephen Johnston.

Au programme aujourd’hui, outre les diverses activités intramurales du Salon du livre de Sudbury, une participation à l’émission Vous m’en lirez tant enregistrée devant public en après-midi et diffusée à l’antenne de la Première Chaîne demain… et cette rencontre Jazz et champagne en compagnie de ma vieille amie Chrystine Brouillet.

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Le nomade aux pieds poudrés

8/05/2008 · 1 commentaire

«Il y a quelque chose d’insoutenable et d’admirable devant la prise de risque d’une écriture qui semble n’avoir peur de rien,» écrivait l’écrivain et journaliste haïtien Lyonel Trouillot dans les pages du quotidien port-au-princien Le Matin à propos de Bamboola Bamboche, roman de Jean-Claude Charles paru aux éditions Barrault en 1984 et récemment réédité dans la collection L’Intemporel des Presses nationales d’Haïti. Il n’avait pas tort, le Trouillot, dont l’écriture romanesque se conjugue également à l’impératif du risque constant, nécessaire, irrémédiable au moins autant que celle de son collègue Charles, qui s’est éteint à Paris hier, au terme d’un long combat avec la maladie.

Il se définissait volontiers comme un «nomade aux pieds poudrés», un «nègre errant» qui partageait sa vie entre New York et Paris, à l’image de Ferdinand, le héros de ses magnifiques romans à saveur autobiographique Manhattan Blues et Ferdinand, je suis à Paris (qu’il faudra bien rééditer aussi), livres superbes qui m’avaient coupé le souffle dans ma vingtaine, alors que je commençais tout juste à découvrir les écrivains haïtiens contemporains de l’extérieur, mes frères dans le déracinement. J’ai croisé Charles une fois, à Rochefort-sur-Mer, lors d’un festival littéraire qui portait sur la littérature des Antilles — et combien ironique l’idée de tenir pareil événement dans une ville dont la fortune tient à cette Corderie Royale qui servait notamment la marine marchande et, faut-il le rappeler, le commerce négrier.

Poète dans l’âme, grand buveur et grand fumeur devant l’Éternel, inépuisable palabreur, Jean-Claude Charles avait animé l’une de nos nuits blanches et bien arrosées de ses mille anecdotes. Qui d’autre était avec nous? Laferrière, peut-être? Trouillot? J’ai oublié. J’en ai un peu honte. Nous étions dans ma chambre d’hôtel, il me semble, et un album de jazz tournait sur mon discman branché sur de mini-enceintes acoustiques, probablement Village de Wallace Roney (que j’écoutais sans cesse à l’époque) ou un classique des années ‘60. Charles et moi avions en commun l’amour de la note bleue, ainsi qu’en témoignent ses romans foisonnants comme de longs soli de Coltrane ou encore sa contribution au collectif de nouvelles Les treize morts d’Albert Ayler («Le retour de Maître Misère») paru dans la Série Noire dans les années ‘90. En échange d’un exemplaire de Zombi Blues, il m’avait offert ce soir-là le numéro de la revue Sapriphage consacré à son incandescente poésie (Free 1977-1997).

Je ne l’ai jamais revu par la suite et, faut-il le déplorer, il n’a guère publié depuis. Mais je garderai de lui le souvenir d’un homme d’une grande sensibilité, un écorché de la vie, d’une intelligence admirable colorée par un humour pince-sans-rire. Et celui d’un styliste qui évoluait au coeur du volcan, en perpétuelle urgence. Repos à toi, Jean-Claude; avec respect, j’évoque ton nom sans te détourner de ton chemin de mort.

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De grandes dames

7/05/2008 · Pas de commentaires

Je n’ai pu rester jusqu’à la fin du quatrième gala Hommage Quebecor à Janine Sutto et Renée Claude, deux grandes dames de la culture d’ici. Mais — comme je le faisais remarquer sans flagornerie à Pierre-Karl Péladeau venu serrer la pince au journaliste et président de cette association d’écrivains qui joue la mouche du coche de l’Empire, c’est vraiment une belle initiative que celle-ci, suggérée par Claude Dubois il y a cinq ans. Que l’Empire honore ainsi de leur vivant des monuments de notre chanson et de notre théâtre, ce n’est pas rien, c’est même beaucoup et très admirable – même si les plus cyniques y verront surtout du calcul de la part de Quebecor, une ruse pour projeter une image de citoyen corporatif sincèrement préoccupé par la culture. Ce n’est pas tout à fait mon cas, soit dit en passant, aussi je lève encore une fois mon chapeau, sans arrière-pensée…

Comme l’an dernier, où l’on célébrait le travail de Gilles Vigneault et d’André Brassard, le gala de ce soir était bien mené, avec une animation dynamique et pas trop têteuse assurée par Michel Rivard. J’avouerai simplement avoir trouvé bizarre le choix de saluer la carrière de Janine Sutto (qui a joué les plus grands de la dramaturgie mondiale, de Shakespeare à Pagnol en passant par Dubé, Tremblay, Bernanos et combien d’autres?) en demandant à Gilles Latulippe de reprendre sur scène une saynète de Symphorien. Je ne veux pas jouer les snobinards, mais tout de même… Quand on pense que l’an dernier, on avait commandé à Tremblay un texte inédit sur son ami Brassard (André Brassard en cinq temps). M’enfin, loin de moi l’envie de cracher dans la soupe… ce serait vraiment vache, surtout que j’ai plutôt bien mangé.

À l’an prochain, peut-être? (Si je suis encore président de l’UNEQ….)

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…à propos de Jean-Claude Charles

7/05/2008 · Pas de commentaires

Je m’éternise devant l’écran au lieu de me presser vers le Mont-Royal. Sur Google, je n’ai trouvé aucune mention du décès de Jean-Claude Charles, mais je suis quand même tombé sur cette entrevue qu’il accordait au Nouvelliste de Port-au-Prince l’automne dernier, lors de son passage dans la capitale haïtienne pour le lancement de la réédition de son roman Bamboola Bamboche dans la collection L’Intemporel des Presses nationales d’Haïti, la même collection où est également parue la réédition de mon propre Tumulte de mon sang.

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Funeste printemps

7/05/2008 · Pas de commentaires

J’ai à peine quelques minutes pour me préparer entre la réunion dont je sors à l’UNEQ et la soirée de gala organisée par Quebecor en hommage à Janine Sutto et Renée Claude… et ne voici pas qu’un courriel de Rodney m’apprend le décès du journaliste et romancier d’origine haïtenne Jean-Claude Charles. Et dire que pas plus tard que vendredi dernier, attablé au bistro de la librairie Olivieri après l’hommage à Césaire, je discutais avec le poète et linguiste Robert Berrouet-Oriol des superbes romans que nous avait donnés Jean-Claude Charles dans les années ‘80, Bamboola Bamboche et, surtout, Manhattan Blues. Sur la stéréo tourne un disque d’Art Taylor (A. T.’s Delight, une autre des splendides rééditions de la collection Rudy Van Gelder chez Blue Note); l’amateur de jazz qu’était Charles aurait peut-être apprécié, je n’en sais trop rien, je ne l’ai croisé qu’une seule fois, le temps d’un salon du livre et d’un colloque il y a dix ans, le connaissais surtout à travers ses écrits littéraires et journalistiques. Merde. La triste annonce me scie les jambes, mais il va falloir me taire, observer quelques heures de silence sur la question, attendre d’avoir digéré la nouvelle avant d’écrire un éloge digne de ce styliste flamboyant. Décidément, quel funeste printemps!

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Incursion du côté de New Amerykah

7/05/2008 · Pas de commentaires

On s’impatientait de la voir arriver sur scène, alors que la première partie qui mettait en vedette la formation The Roots ne cessait de s’allonger. Vêtue d’une jupe noire, pourtant pas si courte, la pauvre Jacinthe qui m’accompagnait (et à qui je n’avais apparemment pas spécifié qu’il s’agissait d’un concert à la belle étoile) se gelait les jolies jambes! Après une trop longue intermission en tout cas, Erykah Badu est enfin apparue sur la scène extérieure du Quai Jacques-Cartier, souveraine et en grande forme. En voix, devrais-je écrire. Et du coup, on a pardonné à la Billie Holiday du néo-soul son retard d’une heure et demie pour se laisser entraîner dans son univers de chansons au propos sans compromis: ballades sentimentales, réquisitoires sur les rapports hommes/femmes, implacables tours d’horizon de l’Amérique de George W. Bush, tout y passe sur des musiques qui revisitent la tradition Motown avec des accents de hip-hop et de jazz. Assurément, en cette ère de soul préfabriqué, de rhythm’n'blues sans âme, la Badu appartient au club très sélect des dix, peut-être même des cinq chanteuses qui comptent vraiment.

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À propos de la psychiatrie, de la psychologie

6/05/2008 · Pas de commentaires

Ah là là là là… Il semble que la vieille boutade de Sergio Kokis à propos de son ancienne vocation de psy («la psychologie, la psychiatrie, la psychanalyse, tout ça relève uniquement des fantasmes de bourgeois viennois du XIXe siècle») que je rapportais dans ce carnet l’autre jour ait mis le feu aux poudres. Là où je voyais surtout une déclaration délibérément provocatrice à propos du père Freud et de sa descendance, d’autres comme un certain M. Blooms (lié à l’Association des groupes d’intervention et de défense des droits en santé mentale du Québec, l’AGIDD-SMQ) y ont vu l’expression de préjugés néfastes qu’il faut décrier. Je cite son courriel, paru en réaction au billet où j’évoquais Kokis:

La psychologie et la psychiatrie pour les bourgeois ? Vous savez, il y a des gens qui ont la partie de la vie moins facile que vous : http://www.agidd.org/cont_chimiques.htm

C’est beau quand les prejugés s’affichent aussi ouvertement !

Une gang de “bourgeois”

Voilà qui, me semble-t-il, prouve ma bonne foi. Encore qu’il me faille ajouter que, dans la vie, il faut savoir faire preuve d’un peu plus d’humour. Comme disait Fontenelle, que j’aime bien paraphraser, à quoi bon prendre la vie trop au sérieux; de doute manière, personne n’en est jamais sorti vivant…

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